Publié le 2019-11-07 | Le Nouvelliste: Le pouvoir judiciaire est visiblement l’une des principales victimes de la crise politique que traverse le pays. Avant même cet épisode de turbulences qui dure depuis deux mois, la justice, surtout à Port-au-Prince, a eu toutes les peines du monde à fonctionner. Au Bicentenaire où est logé le Palais de justice, les bandits armés compliquaient le travail de la justice. Avec la crise, des organisations de juges ont annoncé la fermeture officielle des tribunaux quand elles ont invité leurs membres à rester chez eux en attendant que leur sécurité soit garantie. Avant même cette décision, les autorités judiciaires avaient dû annuler la cérémonie d’ouverture des tribunaux de l’année judiciaire à cause de la crise politique.

Avant la crise politique et le contrôle du Bicentenaire par les gangs armés, la justice était incapable de faire son travail. À la base, des problèmes d’ordre structurel, notamment celui de la vassalisation du pouvoir judiciaire par les pouvoirs législatif et exécutif. Pour certains, la crise actuelle aurait pu être évitée si la justice était capable de dire le mot du droit dans nos conflits. Les détracteurs du président Jovenel Moïse lui reprochent de ne rien tenter pour faire avancer le dossier PetroCaribe. On l’accuse aussi d’avoir commandité le massacre de La Saline et de protéger les auteurs présumés dudit massacre. Même si la justice se saisit de ces dossiers, l’opinion publique prédit déjà une parodie de justice dans l’un ou l’autre cas.

Décriée, la justice est considérée comme un pouvoir de seconde zone. Le rôle que l’opposition politique veut confier à la Cour de cassation dans cette crise ne (re)confirme-t-il pas cette hypothèse ? Dans d’autres pays, quand les politiques ne peuvent pas s’entendre c’est à la justice de trancher. Chez nous, la justice est trop faible pour faire entendre sa voix. Dans la crise actuelle, ce sont les partis politiques qui discutent du rôle que doit jouer la justice.

L’Aternative consensuelle, qui occupe le devant de la scène dans le cadre du mouvement anti-Jovenel, veut que l’éventuel remplaçant de Jovenel Moïse sorte de la Cour de cassation. La Commission de passation de pouvoir créée par l’Alternative consensuelle choisit même les juges qui sont éligibles. Imaginons que ce vœu se concrétise, la justice en sortira-t-elle renforcée ? Quelles seront les redevances du président-juriste envers ceux qui l’ont choisi ? Les juges de la Cour de cassation doivent réfléchir mille fois avant d’embarquer le pouvoir judiciaire dans cette démarche qu’on peut assimiler à une boîte de Pandore.

Avant l’amendement de la Constitution de 1987, la loi traçait la voie pour choisir un président provisoire. Avec la Constitution amendée, nous sommes dans le flou. Nous réinventons un problème qui était déjà résolu. Nous sommes dans le flou par rapport à la Constitution. Aussi par rapport à la gouvernance du pays.


La Brise FM | 104.9

[Camp-Perrin - HAITI]

Current track

Title

Artist