« Aujourd’hui, nous sommes plus menacés par l’anarchie que la dictature », selon Évans Paul

Written by on January 16, 2020

Publié le 2020-01-15 | Le Nouvelliste: L’ancien Premier ministre Évans Paul, invité à la matinale Magik9, a analysé la conjoncture politique à un moment où le président est le seul à bord après la fin de la 50e législature. Devant l’absence du contrepoids législatif, Paul estime aujourd’hui que le pouvoir fonctionne à sens unique. Il a toutefois fait remarquer que cela n’arrive pas la première fois. « Nous sommes en train de revivre ce qu’on a déjà vécu. Durant le coup d’État, il y avait deux bureaux du Sénat : l’un composé de pro-coup d’État et l’autre formé par des partisans du retour à l’ordre constitutionnel. C’est une situation de crise politique persistante », rappelle-t-il. 

À ceux qui redoutent l’existence d’un projet dictatorial concocté par Jovenel Moïse, Évans Paul leur explique que ce n’est pas possible. « Ce serait chimérique si quelqu’un aurait un projet de dictature. Celle-ci requiert une philosophie et des moyens. Il n’existe pas de dictature sans force, sans des alliés au niveau international. Aujourd’hui, Jovenel Moïse n’a pas de moyens d’instaurer une dictature. Duvalier s’est appuyé sur les Volontaires de la sécurité nationale (VSN), les Tontons Macoutes et a essayé de domestiquer l’armée. À l’époque, il y avait aussi une guerre froide qui lui a permis de faire chanter les deux puissances et de jouer sur les contradictions. (…) », souligne-t-il. 

Selon l’ex-Premier ministre, nous sommes plus menacés par l’anarchie que par la dictature. « Nous sommes dans une situation sans nom qui ressemble à une situation anarchique. C’est une grande ambiance d’instabilité politique.  Nous sommes dans une situation à répétition. Si ce n’était une dictature hier, il ne peut l’être aujourd’hui », soutient-il, ajoutant que cette crise à répétition est plus dangereuse que la dictature. « La dictature a une fin. Mais nous vivons cette instabilité depuis plusieurs années », argue-t-il.

Alors que plusieurs opposants farouches au président n’ont plus de mandat parlementaire et que le président peut diriger par décret, Évans Paul ne veut pas parler de victoire de Jovenel Moïse. « Je ne pense pas que le président ait gagné. On est dans une ambiance de bataille politique. Il y a des jeux de forces politiques. L’opposition a voulu donner un « so kabrit » au président Jovenel Moïse. Ce dernier leur a asséné un coup de poing « bannann ». Dans cette situation de confrontation, M. Moïse semble avoir pris le dessus. Ce dernier semble être temporairement gagnant. On est encore dans une situation de crise politique où ce ne sont pas les institutions qui font la différence mais la conjoncture », analyse-t-il.

Évans Paul invite toutefois Jovenel Moïse à faire preuve de beaucoup de circonspection parce qu’il est dans une situation fragile. « Aujourd’hui, le président a un boulevard devant lui. C’est une charge immense qu’il ne peut pas prendre à la légère. Beaucoup d’obstacles jonchent son passage. Il lui faut de la sagesse, le sens des responsabilités, l’esprit de compromis. Le chef de l’État ne doit pas penser qu’il est gagnant et qu’il y a des perdants. Il doit jouer un rôle de rassembleur et se montrer sincère dans ses démarches. Il doit réfléchir 25 fois avant de parler », suggère-t-il.

Selon Évans Paul, la responsabilité de la non-réalisation des élections est partagée entre le président et le Parlement. « Le président est le garant de la bonne marche des institutions. Il ne peut pas dire qu’il n’est pas responsable de la non-réalisation des élections. De l’autre côté, le Parlement non plus n’a pas fait son travail. Il n’a même pas pris des décisions pour se protéger », observe-t-il. 

Évans Paul croit plus loin que le pays vit une situation d’exception où chaque acteur doit s’auto-évaluer. « Je lance un appel à la responsabilité, à la raison afin que le pays puisse remonter la pente. Si nous organisons des élections à partir de cette Constitution, nous connaîtrons les mêmes problèmes. Aujourd’hui nous avons besoin d’une nouvelle Constitution mais le président ne peut le faire seul. Il nous faut un consensus. Entre-temps, dans cette situation d’exception, le président doit trouver un accord politique ou des personnalités crédibles qui acceptent de lui rejoindre pour former un gouvernement. Ce serait mieux de ne pas laisser le président former ce gouvernement tout seul », estime Évans Paul. 


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