Des policiers manifestent, tirs et incendie s’ensuivent…

Written by on February 18, 2020

Publié le 2020-02-17 | Le Nouvelliste: À la tombée de la nuit, il fait clair au Champ de Mars, ce lundi 17 février. Une portion de l’avenue de la République est illuminée. Elle est éclairée par les lueurs du feu qui consument les stands érigés pour permettre aux privilégiés d’assister au défilé du prochain carnaval sans se mêler à la foule des fêtards. Les stands, constructions de planches brutes et de plywood ont été incendiés par des policiers en colère ayant manifesté toute la journée dans les rues de Delmas, Pétion-Ville et Port-au-Prince pour exiger de meilleures conditions de travail et la reconnaissance officielle du Syndicat de la Police nationale d’Haïti, ce lundi.

La majorité des stands en construction à l’avenue de la République, dont celui de la présidence, ont tranquillement brûlé au moment où des coups de feu étaient entendus dans l’aire du Champ de Mars, non loin du palais présidentiel, ont constaté des journalistes. 

« Il n’y aura pas de carnaval avec Jovenel Moïse, pas de carnaval dans la misère », ont scandé des jeunes en colère, à proximité du ciné Triomphe alors que des marchands fuyaient à toutes jambes avec leurs marchandises pour éviter les flammes orange qu’aucun sapeurs-pompiers n’est venu maîtriser.

Plus tôt dans la journée, à Delmas, jonction de la route de l’aéroport et de l’avenue Martin Luther King, au carrefour viaduc rebaptisé « Kafou Rezistans », l’agent 2 Yanick Joseph, meneuse du syndicat de la police, en uniforme, pieds nus, foulard bleu autour du cou, Florida (parfum utilisé dans le vodou) en main, s’est fendue d’une cérémonie reprenant en partie la scénographie des débuts de manifestations  antigouvernementale des derniers mois.

Plantée au milieu de policiers en civile, vêtue d’un t-shirt rouge, elle a harangué ses pairs qui portaient des pancartes avec leurs revendications et des planches garnies de photos de policiers morts en devoir ou assassinés en rentrant chez eux. « Nous avons aussi des droits », lit-on sur une banderole portée en avant d’autres pancartes qui racontent les tâches exécutées par le policiers dans le froid, sous la pluie et sous le soleil.

« Je suis motivée à 600 000 %. Je n’ai pas peur, mes racines n’ont pas peur parce que ma date de naissance est le vendredi 7 février 1986. Nous n’avons plus rien à craindre aujourd’hui. Le SPNH est sur pied pour travailler côte à côte avec la population », a indiqué la policière Yanick Joseph, soulignant que la police est le symbole de la discipline. « Nous ne nous battrons jamais avec la population parce que les policiers sont les enfants des petits commerçants », a-t-elle poursuivi. « Nous avons l’article 35.3 de la Constitution de notre côté. Nous passerons le rouleau sur ceux qui se dressent devant nous parce que nous sommes dans notre droit », a affirmé Yanick Joseph, se référant à la Constitution qui confère le droit de syndiquer à tous employés de la fonction publique.

En face des locaux de la direction générale de la PNH, à Pétion-Ville, les manifestants ont interpellé le directeur général a.i Normil Rameau, ajoutant que son absence serait un abandon de poste.

Le petit cordon de policiers anti-émeute déployé en face du bâtiment n’avait aucune velléité à disperser cet attroupement chauffé à blanc. Il y a eu un face-à-face tendu au moment où des manifestants ont été repoussés par des policiers anti-émeute. L’accès des locaux de la direction générale a été refusé aux manifestants.  À un certain moment, des coups de feu ont retenti. Des douilles ont été récupérées.

Autour de la direction générale de la police, la panique s’est installée. Des occupants d’habitations limitrophes se sont refugiés sous des tables et d’autres coins moins exposés.  

Avant les évènements de ce lundi devant la direction générale de la police et au Champ de Mars, une convocation de la policière Yanick Joseph dans le cadre d’une enquête administrative le 7 février à l’Inspection générale avait débouché sur des tirs, au bas de Delmas.

La direction générale, dans un communiqué de presse rendu public après les évènements à l’IGPNH, avait dénoncé ces faits et annoncé que dans le souci de préserver l’intégrité morale de l’institution, la discipline, la cohésion institutionnelle et maintenir l’ordre public, « tous les auteurs et complices de ces actes de violence et de vandalisme qui constituent de graves infractions pénales, outre les sanctions administratives, seront poursuivis et amenés devant les tribunaux compétents pour répondre de leurs forfaits ». Le communiqué du directeur général avait aussi indiqué que la création de syndicat au sein de la PNH n’était pas autorisée par la loi et le règlement de disciplines générales.

Le malaise au sein de PNH, greffé sur des carences, est un secret de Polichinelle. C’est cependant pour la première fois depuis sa création en 1994 que la cohésion du corps est mise à mal à ce point.

La police traverse cette zone de turbulences à un moment où la zone métropolitaine est en proie à une remontée spectaculaire des cas de kidnapping.

Le président Jovenel Moïse, après le dernier épisode de « peyi lòk », se sentant renforcé vis-à-vis de ses opposants, a, au carnaval de Jacmel ce week-end, imputé cette remontée des cas d’enlèvements à une stratégie politique.

Le chef de l’État avait souligné que le pire est certainement derrière lui au moment d’appeler ses adversaires au dialogue pour monter un gouvernement et aller aux élections.

 Pour le moment, aucune communication officielle des plus hautes autorités ni du comité d’organisation du carnaval, après l’incendie des stands sur la tenue ou non du carnaval qui doit débuter officiellement dans six jours, le dimanche 23 février 2020.

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