Jovenel Moïse n’entend plus écourter son mandat…

Written by on February 18, 2020

Publié le 2020-02-17 | Le Nouvelliste: Alors qu’il avait promis d’accepter, comme solution à la crise politique, un Premier ministre de l’opposition et une réduction de son mandat moyennant  l’adoption d’une réforme constitutionnelle renforçant les pouvoirs du président de la République, le chef de l’État est revenu sur ses promesses. Jovenel Moïse invite maintenant l’opposition à se préparer pour les prochaines élections…

Le président de la République n’entend pas négocier même une seconde de son mandat. Il veut rester au pouvoir jusqu’au 7 février 2022. « Je dis à tous les acteurs politiques qui m’écoutent qu’il me reste un an, onze mois et quelques jours au pouvoir. C’est-à-dire, ceux qui aspirent à diriger le pays doivent déjà entrer en campagne. C’est mon conseil à tous les acteurs politiques », a déclaré le chef de l’Etat samedi dernier sur des médias locaux Jacmel où il avait lancé le traditionnel carnaval de cette ville du pays.

« Je suis le président de la dernière transition. Il n’y aura plus de transition dans le pays. Les acteurs politiques, mettons-nous ensemble pour trouver accord politique afin de former un gouvernement d’union nationale et commencer à préparer les élections dans le pays après les réformes… », a lancé Jovenel Moïse.

Le locataire du Palais national n’a pas oublié les mauvais moments qu’il a connus durant les nombreuses semaines de «peyi lòk» aux mois de septembre et d’octobre 2019 au cours desquels il ne pouvait pas circuler librement. « Je pense que l’avenir ne peut pas être pire que le passé », a-t-il fait savoir sur un ton convaincu que le pire est derrière lui. Pour le président, en moins de 18 mois, le pays a reculé de « façon vertigineuse ».

Alors que le kidnapping a déjà fait de nombreuses victimes dans le pays et que la police a reconnu qu’il y a depuis janvier une remontée spectaculaire du phénomène, pour le président de la République, il s’agit d’une stratégie après le « peyi lòk». « Afè kidnapin nan Pòtoprens sa vini kou wè yon papa tou denkou. Cette stratégie n’est pas bonne pour le pays. Ce qu’il faut faire c’est de montrer à la population ce que vous allez faire pour elle comme moi qui ai dit routes, eau et électricité… », a précisé Jovenel Moïse.

À ceux qui exigent sa démission, le chef de l’État fait savoir qu’il n’y a aucune autre façon de prendre le pouvoir que par les élections. « On doit trouver un accord minimum sur notre désaccord », a-t-il insisté.

Comme dans ses discours précédents, Jovenel Moïse n’a cessé de répéter qu’il a été « élu par le peuple ». Comme aussi pour se dédouaner de ses nombreuses promesses non tenues, le président dit avoir rencontré beaucoup de barrières dans la réalisation de ses promesses de campagne.

Comme Ponce Pilate, le chef de l’État constate que les élections n’ont pas été organisées à temps pour remplacer la 50e législature. Il estime qu’on ne devait pas lui imputer uniquement cette responsabilité. La solution à cette situation, selon le président, passe par des réformes constitutionnelles, a-t-il ajouté. « Sans les réformes, le pays est ingouvernable. Si non pita ap pi tris… », prévoit Jovenel Moïse.

Malgré ses nouvelles déclarations qui ne vont pas certainement plaire aux responsables d’organisations politiques et de la société civile qui avaient passé plusieurs jours à négocier à la nonciature apostolique sur une sortie de crise qui devait passer par la réduction du mandat du chef de l’État, Jovenel Moïse estime que le dialogue doit se poursuivre. Toutefois, a-t-il souligné, « le pays doit être gouverné » entre-temps. Le président a fait savoir qu’il ne compte pas non plus passer le reste de son mandat à dialoguer. Il a promis de trancher sans fournir pour autant de précisions sur quoi il va trancher.

« J’accepterais un Premier ministre de l’opposition et une réduction de mon mandat, mais seulement après l’adoption d’une réforme constitutionnelle renforçant la présidence », avait confié à l’Associated Press le président Jovenel Moïse, vendredi 7 février 2020.

Après l’échec des négociations à la nonciature apostolique appuyées par la communauté internationale, des signataires de l’accord de Marriott, ceux de Kinam, des membres de la société civile et des représentants du président de la République ont tenté sans succès de relancer les pourparlers la semaine dernière dans un endroit tenu secret. Encore une fois, les discussions se sont achoppées sur la réduction du mandat du chef de l’État et sur le choix d’un Premier ministre.

Face au blocage dans les négociations, des acteurs politiques ont décidé d’abandonner définitivement la table du dialogue. Les dernières déclarations de Jovenel Moïse relatives à son mandat qui, a-t-il confié, n’est pas négociable, n’aident pas à faire avancer les pourparlers. Il faut souligner que l’aile dure de l’opposition comme Fanmi Lavalas, l’Alternative consensuelle, entre autres, n’avait pas participé aux dernières rondes de négociations. 


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