Covid-19 : les PVVIH priés de continuer à prendre leurs médicaments

Written by on May 21, 2020

Publié le 2020-05-20 | Le Nouvelliste: En pleine crise sanitaire de Covid-19, nous rencontrons Marie Rose Verneret à Delmas, dans les locaux d’une association qui travaille avec des femmes infectées au VIH. Cette sexagénaire est l’une des rares personnes à parler ouvertement depuis plusieurs années de son statut sérologique. Face à la propagation de la Covid-19 dans le pays, Mme Verneret reconnaît qu’elle fait partie des personnes les plus à risque, d’autant plus qu’elle est aussi diabétique. Modèle de courage, Marie Rose Verneret se préoccupe beaucoup plus de son diabète que du virus qu’elle porte depuis environ trente ans. Selon elle, si les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) prennent régulièrement leurs médicaments, « la vie continue ». « Les médicaments, ce sont mon oxygène, je ne peux m’en passer », prêche cette mère de trois enfants. Elle se rappelle qu’elle était à une phase avancée avec sa maladie, mais qu’elle a pu s’en sortir grâce aux médicaments ARV (antirétroviraux). Avec la Covid-19 qui se propage dans tous les coins du pays, les déplacements sont limités, un facteur qui pourrait décourager les PVVIH à se rendre dans les centres de santé pour renouveler leurs médicaments. Marie Rose Verneret les encourage à suivre leurs traitements. L’unique façon de s’en sortir.

Née et élevée dans une famille religieuse, Marie Rose Verneret a pu heureusement bénéficier du support psychologique de ses parents quand elle a appris qu’elle était testée positive au VIH. « Psychologiquement, c’était difficile, avoue-t-elle. La nouvelle m’avait beaucoup touchée, mais j’avais aussi beaucoup de courage. »

A l’extérieur, la stigmatisation était plus forte que le virus lui-même. « Pour les gens, si vous êtes infectée, c’est parce que vous menez une vie de débauche », déplore Marie Rose Verneret qui travaille aujourd’hui avec plus de 450 femmes infectées au VIH. Elle prête également ses services à un centre de santé à Port-au-Prince qui accueille des PVVIH.

« La stigmatisation fait beaucoup plus de mal que le virus lui-même, affirme Marie Rose Verneret. Au départ, j’étais dans un état critique, j’avais les yeux qui saignaient et les gens me regardaient de haut. Certains médecins refusaient de m’accueillir dans leur clinique. A l’époque, je prenais 24 comprimés par jour ! Les médicaments n’étaient pas disponibles en Haïti et ils étaient très coûteux. Je ne me suis jamais découragée et je me suis donné comme principe de prendre régulièrement mes médicaments. Je n’ai donc pas tardé à reprendre la fierté de ma vie », témoigne cette PVVIH qui « veut vivre encore longtemps ». « La vie est trop belle pour s’en passer, sourit madame Verneret. Il y a des difficultés certes, mais la vie en soi est belle », insiste cette femme d’un courage et d’une détermination exemplaires.

Les PVVIH et l’effet du confinement…

Aujourd’hui, on estime à plus de 160 000 les PVVIH en Haïti. Selon les autorités sanitaires, elles font partie des personnes à risque en ces temps de Covid-19.  Pour le Dr Emmanuel Bélimaire, professeur d’épidémiologie clinique et de biostatistique à la Faculté de médecine de l’Université d’Etat d’Haïti, la propagation de la Covid-19 représente une « menace » pour les PPVIH. Selon lui, les PVVIH sont considérées comme un groupe vulnérable à risque de développer les formes graves ou sévères de la Covid-19 parce qu’elles ont un système immunitaire fragilisé et affaibli par la présence du virus causant le sida.

« Généralement les personnes infectées du VIH sont plus à risque de développer des infections opportunistes et  des infections respiratoires graves comme la tuberculose. Autrement dit, le développement d’une réponse de défense immunitaire adéquate pour contrecarrer le nouveau coronavirus SARS-COV-2  peut prendre plus de temps et peut être parfois inapproprié, voire inexistant », ajoute le médecin.

Le Dr Emmanuel Dr Bélimaire encourage les PVVIH à continuer de prendre leurs médicaments. « Nous lançons aussi un appel salutaire et solennel à tous ceux et à toutes celles qui ont abandonné les traitements ou qui sont perdus de vue à revenir aux traitements ARV, car cela les rendra moins vulnérables/susceptibles par rapport aux formes graves/mortelles de la  Covid-19 », déclare le médecin, qui travaille aussi comme consultant en santé publique et soins VIH-SIDA à l’Institut PANOS.

Face à la menace de la Covid-19, le Dr Bélimaire évoque l’effet que le confinement puisse avoir sur les personnes vivant avec le VIH. « Dans beaucoup de pays, on craint qu’il n’y ait pas  une rupture de stock en médicaments à cause de la suspension des vols, avance le médecin. Puis, la diminution des déplacements peut décourager les PVVIH à venir dans les sites pour renouveler leurs médicaments. Et avec la Covid-19, on a aussi tendance à oublier ou négliger les programmes de prise en charge des pathologies chroniques ou endémiques préexistantes, dont la tuberculose, la malaria, le VIH-SIDA,  l’hypertension artérielle, le diabète et les maladies cardio-vasculaires, entre autres», explique le médecin.

« En attendant des études plus avancées sur le sujet, la meilleure façon de protéger les PVVIH contre la Covid-19 est d’éviter toute interruption des traitements ARV», soutient le Dr Emmanuel Bélimaire.

Tagged as

La Brise FM | 104.9

[Camp-Perrin - HAITI]

Current track

Title

Artist