Haïti-Crise sanitaire: La vie et l’ombre du coronavirus dans les quartiers populaires

Written by on June 5, 2020

Publié le 04 Juin 2020 | Haïti Press Network: Dans la spirale d’une misère la plus ignoble et la plus déshonorante, aggravée par une crise sanitaire liée à la maladie du coronavirus, des adultes, des jeunes et des enfants vivant dans des quartiers populaires à Port-au-Prince essaient quotidiennement de sourire à la vie. Sans la moindre précaution à la maladie, ils sont nombreux ceux qui transcendent les rides presque ineffaçables jetés sur leur visage par le souci d’un quotidien mal-vécu dans des conditions plus que précaires et pénibles, constate Haiti Press Network. 

Ce constat particulier a été fait par l’Agence dans le quartier de Martissant, banlieue sud de Port-au-Prince. Notre visite, le mercredi 3 juin, dans ce quartier populaire nous a permis, comme dans de nombreux autres quartiers où vivent les gens les plus pauvres du pays, de constater le niveau de négligence des membres de la population face à la maladie qui prend pourtant une courbe ascendante dans le pays ces derniers jours.

En effet, dans ce quartier populaire pris en otage par des bandes armées illégales qui sèment la terreur en temps voulu, si la maladie liée à la Covid-19 devrait toucher les gens, ce serait vraiment la catastrophe, avons-nous observé.

Outre dans les marchés publics informels où nous avons fait tristement le constat du non-respect du port de masque par les marchandes et de la distanciation sociale qui puissent limiter la propagation du virus, les gens qui vivent malgré eux dans les quartiers populaires semblent également faire foutre des mesures et consignes gouvernementales.

Évidemment, constatons-nous, presque toutes les conditions sont réunies dans ce quartier construit anarchiquement avec pour la plupart, des taudis délabrés aux toits de tôles ondulées, loin de répondre à leur mission d’abriter des humains, favorisant ainsi la promiscuité. Ce qui engendre l’irrespect des consignes par négligence et/ou par ignorance dans ces quartiers mal foutus qui se sont créés autour de la capitale haïtienne, au fur et à mesure que l’espace urbain grossit sous l’effet vertigineux de l’exode rural.

De la rue Soray à la rue Crepsac (Martissant 23) où les corridors sont nombreux, le constat est le même. Les gens se sont regroupés sans masque et sans respect de la distanciation sociale. Des enfants mal vêtus se regroupent en tête à tête dans des endroits impropres, ne respectant même pas le minimum des principes élémentaires d’hygiène. Dans d’autres espaces, des jeunes chômeurs se réunissent à l’ombre d’un petit coin au bord d’une rue pour noyer leurs chagrins et leur misère noire dans des bouteilles d’alcool mais aussi la fumée malodorante de quelques joints de marijuana.

Alors que, rappelons-le, le gouvernement demande en vain, peut-être sans tenir compte de la réalité, la réunion pas plus de cinq (5) personnes à distance d’1,50 m dans un lieu. 

Interrogée à cet effet, une mère de famille évoque plutôt l’aide de Dieu. Elle croit que le Bon Dieu intervient dans cette situation difficile que vit le monde, notamment les gens les plus faibles des sociétés, incapables à tous les points de vue de faire face au quotidien.

« Nous vivions ici avant la maladie par la grâce de Dieu. Nous continuons à y vivre ainsi. Dieu connaît la douleur et la misère des malheureux. Il ne nous laissera pas succomber du coronavirus. Le Seigneur veille sur nous », soupire cette croyante.  

Par ailleurs, beaucoup d’observateurs disent n’être pas encore en mesure d’expliquer les raisons de l’effet mineur de la maladie dans les quartiers populaires, n’offrant aucune garantie sanitaire sur le plan environnemental immédiat et médiat.

Selon le sociologue Idson Saint-Fleur, également journaliste qui émet aussi sa réflexion par rapport à ce constat évident, dans ces lieux marginalisés comme le quartier de Martissant qui évolue dans une situation de misère noire, où le chômage, la vie chère, la pauvreté, l’indigence, l’angoisse et le désespoir accablent la vie des gens, cette maladie de proximité qu’est la Covid-19 devrait normalement frapper massivement les membres de la population. 

Poussant sa réflexion plus loin, M. Saint-Fleur pense que si le virus devrait s’étendre dans ces communautés où les gens font systématiquement fi des précautions en refusant d’adopter un comportement favorable aux gestes barrières visant à lutter contre la maladie, et tenant compte déjà de leur environnement sanitaire largement favorable à l’accumulation des microbes, ce serait catastrophique.

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