Un autre sit-in dispersé par la police devant le ministère de la Justice

Written by on July 7, 2020

Publié le 2020-07-06 | Le Nouvelliste: La police nationale a une nouvelle fois dispersé un sit-in organisé par la structure « Nou pap dòmi » qui veut dénoncer l’insécurité. Alors qu’ils protestaient pacifiquement devant les locaux du ministère de la Justice, les participants ont été l’objet de tirs de grenades lacrymogènes par des agents de l’UDMO. Une vive tension a régné à l’avenue Charles Sumner et ses environs durant plusieurs heures. Des barricades de pneus enflammés ont été érigées. Plusieurs agents de la BOID et de la DCPJ ont été remarqués alors que des tirs à l’arme automatique ont été entendus.

Obenson Joseph, l’un des membres de Nou pap dòmi, a condamné énergiquement l’attitude de la PNH. « Ce n’est plus voilé. Ce qui s’est passé lundi dernier et ce lundi prouve les velléités de ce pouvoir d’étouffer toute tentative de mobilisation. Ils ont fait preuve d’une violence inédite aujourd’hui. Même le gaz lacrymogène utilisé était plus nocif que d’habitude », dénonce-t-il. 

Pour Obenson Joseph, le pays plonge dans l’ère du bâillonnement. « Des hommes habillés en policiers ont intimidé des protestataires. C’est un mauvais signal qui doit nous motiver à nous mobiliser davantage. La violence utilisée aujourd’hui est un message. Elle est destinée aux indécis, ceux qui restent à la maison. On veut leur faire croire qu’il y a un danger dans les rues quand on proteste. On ne va pas se laisser intimider. On ne va leur permettre de nous réduire au silence », a-t-il soutenu, ajoutant que cette mobilisation ne va pas s’arrêter. 

Avant l’intervention des forces de l’ordre, plusieurs dizaines de protestataires ont été remarqués devant le MJSP. Avec des pancartes, des banderoles, des chants, des slogans, ils ont dénoncé la machine de l’insécurité qui endeuille la population, exigeant justice pour les victimes, notamment pour les danseurs Sebastien Petit et Nancy Dorléans, deux jeunes danseurs sauvagement assassinés, celles des massacres, les policiers tombés dans l’exercice de leurs fonctions, entre autres. 

Plusieurs figures de la société civile, notamment les écrivains Kettly Mars et Lyonel Trouillot, le journaliste Hérold Jean François, ou encore la militante des droits humains Rosy Auguste Ducena ont été remarqués sur les lieux. Interrogé par le journal, Hérold Jean-François affirme qu’il est préoccupé parce que certains droits constitutionnels sont bafoués. « Nous avons décidé d’être présents aujourd’hui afin de voir de nos propres yeux ce qui se passe. On veut savoir si effectivement le droit de s’exprimer et de manifester est foiré », a-t-il dit. Pour Hérold Jean-François, la liberté d’expression est aujourd’hui menacée. « Que le pouvoir en place sache que nous n’allons pas renoncer aux acquis démocratiques que nous avons conquis il y a 34 ans », a-t-il ajouté.

L’écrivaine Kettly Mars rappelle que la liberté d’expression est un droit inaliénable dans toutes les sociétés. Selon elle, le pays ne doit pas retourner dans ce que ses citoyens avaient combattu. « Je suis née sous la dictature. J’ai grandi sous la dictature. C’est pour cela que je suis très attentive à ces signes et manifestations. Le chef de l’État dirige tout seul. Il n’y a aucun garde-fou. Il fait ce qu’il veut. Il publie les décrets à sa guise. Nous sommes sous une dictature de facto », a-t-elle expliqué. En plus de dénoncer l’insécurité, Kettly Mars veut également dénoncer la velléité dictatoriale du pouvoir. « Les gens veulent vivre. C’est un cri de l’âme. C’est le cri de la majorité. Nous manifestatons contre une velléité de dictature, contre une dérive dictatoriale qui veut s’installer dans le pays », a-t-elle indiqué. 

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