La dernière conférence de presse de Lucmane Délile

Written by on July 10, 2020

Publié le 2020-07-09 | Le Nouvelliste: Le ministre de la Justice Lucmane Délile a été démis de ses fonctions et remplacé par Rockfeller Vincent selon un arrêté présidentiel publié le jeudi 9 juillet 2020. Quelques heures avant sa révocation officielle, Lucmane Délile donnait une conférence de presse au cours de laquelle il condamnait le défilé des gangs armés à travers les rues de Port-au-Prince lors d’une manifestation au début de cette semaine. L’éviction de Me Lucmane Délile à la tête du ministère de la Justice et de la Sécurité publique intervient aussi au moment où des criminels lourdement condamnés ont été introduits dans une liste de plus de 400 prisonniers qui ont été graciés par le président de la République Jovenel Moïse. Dans une entrevue accordée au journal, le Premier ministre Joseph Jouthe avait exigé que le responsable de ce qui s’est passé paie les conséquences de ses actes.

C’était sa dernière conférence de presse comme ministre de la Justice et de la Sécurité publique. Avant sa révocation, le désormais ex-ministre de la Justice, Lucmane Délile, a encore fait usage de l’arme de la parole pour éradiquer les bandes armées des quartiers de Port-au-Prince. En conférence de presse ce jeudi, le ministre est monté au créneau pour condamner la parade des bandits armés mardi dernier dans les secteurs contrôlés par la nouvelle coalition de gangs dénommée G9 et alliés. « Nous avons estimé que c’était extrêmement grave que des bandits armés gagnent les rues de la capitale pour terroriser de paisibles citoyens. Haïti n’est pas une république bananière où les délinquants peuvent faire ce qu’ils veulent. J’instruis la PNH pour qu’elle traque ces criminels, car c’est révoltant et inacceptable ce que j’ai vu à la télé. Je n’étais pas là mais je suis de retour ! Je ne vais pas accepter cette comédie de mauvais goût », a fait savoir M. Délile. 

Selon Lucmane Délile, fraîchement revenu de voyage, cette situation défraie la chronique au niveau international. «On est en train de se demander ce qui se passe en Haïti. Je demande à la police de faire tout ce qui est en son pouvoir pour mettre ces délinquants hors d’état de nuire, de les traquer et les déférer à qui de droit. Aux grands maux, les grands remèdes ! », a-t-il ordonné. 

Cette déclaration de Lucmane Délile n’est en rien différente de celles qu’il a déjà faites depuis qu’il est nommé ministre. Il y a des mises en garde, des ultimatums, des instructions, mais rien de tout cela n’a empêché les bandits de circuler et d’opérer à visière levée. Interrogé sur le pourquoi du choix de la parole au détriment des actions, le titulaire du MJSP objecte : « Nous ne faisons pas que des déclarations. Nous accomplissons aussi des actions. Quand je ne parle pas, vous dites que l’Etat ne fait rien. Quand je parle, vous dites que je parle trop », fait-il remarquer. 

Me Lucmane Délile a une ènième fois lancé une mise en garde aux membres du G9 et alliés qui annoncent une nouvelle démonstration de force dans les rues de Port-au-Prince. « Ils prévoient encore de sortir? Je les attends », a-t-il tonné, provoquant le rire des journalistes. 

Me Lucmane Délile a lancé un appel à toutes les forces vives de la société pour éradiquer les gangs et la criminalité. « La société civile, les journalistes, les citoyens doivent supporter l’État. On doit s’entendre sur la question. À chaque fois qu’on veut traquer ces bandits, il y a des individus qui s’y opposent et nous accusent de planifier un massacre. On doit s’entendre sur les gangs, ce, quelle que soit l’idéologie politique. Une société ne doit pas tolérer les gangs. Nous pouvons être victimes de ces malfrats. La société doit être debout comme un seul homme pour éradiquer ces malfaiteurs », a-t-il appelé.

Interrogé sur la répression des sit-in pacifiques à l’avenue Charles Sumner, Lucmane Délile a affirmé qu’il n’était au courant d’aucune répression de la police sur la population. Entre-temps, il a appelé à la responsabilité des organisateurs de manifestations. « La Constitution accorde le droit aux citoyens de manifester pacifiquement. Par ailleurs, la police a pour attribution de sévir contre ceux qui sèment le trouble ou qui veulent s’attaquer aux biens publics et privés. Les organisateurs doivent éviter les infiltrations. Je ne crois pas que la police puisse lancer des gaz lacrymogènes sur un groupe de protestataires sans raison. Je n’étais pas sur place. Mais je pense que la police a réagi parce qu’il y avait des gens à l’intérieur de la foule qui posaient des actes de violence », a indiqué Me Délile.

En revanche, il a promis de s’enquérir auprès des responsables de police. « Je vais m’entretenir avec le haut état-major de la police pour savoir ce qui s’était passé, ce, pour éviter les dérives dans les manifestations pacifiques car le droit à la manifestation est une attribution constitutionnelle. Je suis un combattant, je ne peux pas tolérer les dérives. Mais ceux qui organisent les manifestations doivent éviter les infiltrations. Je vais chercher à savoir de quoi il s’agit afin d’apporter des corrections », a-t-il déclaré. 

Alors que le ministre de la Justice, membre du CSPN, indique qu’il va chercher des réponses, le Premier ministre, chef du CSPN, a justifié l’action de la police. Intervenant sur Radio Métropole, il a avancé l’importance de cette artère où sont logées plusieurs institutions publiques. « Les forces ne sont pas proportionnelles. Je l’admets. Mais cette rue loge le ministère des Affaires sociales, le ministère des Finances, le ministère de la Justice et l’OAVCT. C’est une rue extrêmement importante. Comme chef du CSPN, j’ai demandé que la sécurité soit renforcée dans cette zone », a-t-il fait savoir. 

Le Premier ministre Jouthe a poursuivi en indiquant que le gouvernement ne veut courir aucun risque. « On se plaint de la dispersion des sit-in. Mais on avait fait silence quand les hommes de Fantom 509 avaient fait irruption dans les ministères des Finances, des Affaires sociales et de la Justice, tirant dans toutes les directions et lançant des cocktails Molotov. (…) Chemen bouton se chemen maleng. Quand quelqu’un proteste dans cette zone, on ne sait pas ce qu’il a derrière la tête. À ce moment, on est obligé de le déloger », soutient-il. 

L’éviction de Me Lucmane Délile à la tête du ministère de la Justice et de la Sécurité publique intervient aussi au moment où des criminels lourdement condamnés ont été introduits dans une liste de plus de 400 prisonniers qui ont été graciés par le président de la République Jovenel Moïse. Dans une entrevue accordée au journal, le Premier ministre Joseph Jouthe avait exigé que le responsable de ce qui s’est passé paie les conséquences de ses actes. « Quelle que soit la personne, elle doit payer. Du ministre de la Justice aux commissaires du gouvernement aux chefs des prisons, je suis désolé, il faut que l’on paie », a-t-il dit, soulignant, en tant que citoyen ne s’être pas mouillé dans des activités incorrectes et drôles. En conférence de presse ce jeudi, Lucmane Délile n’avait pas souhaité commenter les déclarations du premier ministre.


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