Jouthe s’excuse, veut accorder les violons après les attaques contre la Cour des comptes

Written by on September 14, 2020

Publié le 2020-09-11 | Le Nouvelliste: Des excuses ! Joseph Jouthe en a faites et a assumé la responsabilité collective du gouvernement après les attaques virulentes du ministre des Travaux publics, Transports et Communications (TPTC) Nader Joiséus, contre la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA), porté par un président Jovenel Moïse prêt à en découdre suite à l’avis défavorable sur le projet de contrat avec la General Electric. Plus que des excuses, le Premier ministre Jouthe, d’une déroutante sincérité, soutient que la Cour est prête à alphabétiser sur la gestion de contrats.

Les éléments du détachement de la Primature envoyés en éclaireurs et pour renforcer la sécurité de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) sont bien en place. Ils s’activent alors qu’une sirène a retenti à l’avenue Christophe, peu après 10 heures du matin, vendredi 11 septembre 2020. Le cortège du Premier ministre entre dans la Cour supérieure des comptes. Joseph Jouthe, la boule à zéro, veste gris cendre, masque frappé du logo de la Primature, descend de véhicule. Quelques gros bras, armés de Galil, l’entourent. D’autres scrutent le ciel de cet environnement où les pierres ont parfois des ailes, quand des étudiants de l’UEH battent le pavé de la contestation.

Le Premier ministre Jouthe, sans formalité, est conduit au bureau du président de la Cour, Me Rogavil Boisguéné. Les deux hommes, masqués, redescendent quelques minutes après et s’installent dans une pièce à l’entrée de la Cour des comptes. Les visages sont fermés, l’ambiance n’est pas celle des petites tapes dans le dos. Le maître des lieux, Me Rogavil Boisguéné, souligne que c’est le PM Jouthe qui a sollicité la rencontre avant d’entrer dans le vif d’un gros malaise provoqué par les propos tenus par le ministre des TPTC, l’ingénieur Nader Joiséus, à fond dans le « bashing » de la Cour, bien aidé par le président Jovenel Moïse, au palais national, lors du dialogue communautaire, dimanche 6 septembre. Si la Cour n’avait pas bloqué le projet, Port-au-Prince, la capitale, serait belle, avait soutenu le ministre des TPTC. Mais, pour le président de la Cour, pire est sorti de la bouche de l’ingénieur Joiséus. Traiter les conseillers «d’ignorants », «d’incompétents » est vécu comme un « coup de massue », « un tremblement de terre », dimensionne le président Me Rogavil Boisguéné, les yeux écarquillés.

Le ministre des TPTC doit présenter des excuses pour ces propos. Il a choisi de ne pas dire la vérité, enfonce le président du principal tribunal administratif d’Haïti. Il tranche dans un autre souffle : sans ces excuses, le ministre Joiséus n’est pas le bienvenu ici. L’ambiance est électrique. La réprobation se lit sur le visage du conseiller Pierre Volmar Demesyeux. Une ampoule explose, ses restes se fracassent sur le sol. Le ministre Joiséus s’apprête à parler. Le Premier ministre Joseph Jouthe lui fait un signe de la main : Non. En démineur, Joseph Jouthe encaisse, désavoue son ministre. « C’étaient deux mots de trop », concède-t-il avant d’assumer, au nom de la solidarité gouvernementale, sa part de responsabilité pour ces propos. « Au nom du gouvernement, nous présentons nos excuses à la Cour », dit Joseph Jouthe. « Merci Monsieur le Premier ministre. Excuses acceptées », indique le président de la Cour, Me Rogavil Boisguéné avant que ne se tienne la réunion à huis clos.

Ni revanche PetroCaribe ni volonté de mainmise sur la CSCCA

Après plus de deux heures de réunion, le Premier ministre Joseph Jouthe continue son œuvre de déminage. Il s’inscrit en faux par rapport aux affirmations laissant croire que le président Moïse, revanchard depuis les rapports sur l’utilisation du fonds PetroCaribe veut faire main basse sur la Cour des comptes « Il n’y a pas ça », affirme Joseph Jouthe. « Je pense qu’il y a eu une très mauvaise interprétation. Le gouvernement n’a aucun intérêt, aucun besoin de contrôler la Cour », tranche Jouthe, qui souligne tout de go que la CSC/CA « est une institution qui est régie par les lois de la République ».

Il tance ceux qui accusent le président Moïse de prendre sa revanche sur la Cour. « Le mensonge est pathologique dans le pays. Tout le monde ment. Malheureusement, tout le monde s’exprime sur tout », indique-t-il, déplorant le fait qu’on raconte n’importe quoi sur les réseaux sociaux. Sur l’annonce d’un nouveau décret sur la CSCCA faite dimanche par le président Moïse, le chef du gouvernement laisse la porte entrebâillée. C’est toujours possible pour éradiquer les goulots d’étranglement dans le traitement des projets de contrats. Il poursuit, que rien, à ce niveau, ne se fera sans la Cour. « Nous nous sommes entendus. Nous avons accordé nos violons. Je me suis excusé pour les deux mots de trop tenus par mon ministre des Travaux publics », soutient Joseph Jouthe, qui encense le président de la Cour et enfonce un peu plus le clou dans le cercueil de son ministre des TPTC et de son gouvernement.

Jouthe entre encensoir et élève volontaire

Le président Boisguéné, a dit Joseph Jouthe, «est un monsieur que je connais depuis quelques années ». « Je connais un peu les hommes et les choses de ce pays. Je ne crois pas qu’il a l’intérêt de bloquer quoi que ce soit », poursuit-il, concédant, avec une déroutante sincérité avoir « décelé des problèmes de communication entre la Cour qui est une institution indépendante et différents ministères et bureaux déconcentrés ou autonomes de l’Etat ». La Cour n’est pas un cercle fermé. Elle est ouverte. Quels que soient les besoins d’information et de formation, elle est prête à les satisfaire. « Il suffit de solliciter », indique le chef du gouvernement. « La Cour promet qu’elle travaillera avec nous, qu’elle nous formera, nous alphabétisera dans la gestion de contrats. Nous sommes là pour apprendre. Nous nous courberons aux exigences de la Cour », balance Joseph Jouthe, qui voit dans cette Cour tatillonne l’expression d’un respect de la loi, la volonté d’aider et de protéger parfois contre eux-mêmes des ordonnateurs trop pressés. « En tant qu’ingénieur civil, je serai content de voir la construction de 50 ponts dans le pays. Mais il y a des normes à respecter », a dit le Premier ministre Joseph Jouthe.

La CSCCA attachée à la loi

« Les excuses ont été présentées par le Premier ministre. Cependant, nous réitérons la même volonté de la Cour de faire son travail avec les deux yeux bandés, au regard de la loi », soutient le président Rogavil Boisguéné, qui a pris le soin de remettre au Premier ministre Joseph Jouthe la note de clarification de la Cour des comptes. « La Cour fait un travail de service public. Elle travaille pour la République », poursuit-il, le ton ferme et grave au moment d’évoquer le sentiment d’insécurité des cadres, du personnel et des conseillers de la CSC/CA après les propos tenus dimanche au palais national. Il a demandé au Premier Joseph Jouthe, chef du CSPN, d’instruire la PNH afin d’assurer la sécurité du personnel, des conseillers et du bâtiment de la Cour.

Le président Boisguéné, après avoir souligné que l’un des conseillers a laissé la réunion à cause de la présence du ministre des TPTC, a dégainé. Il balance. L’analyse d’un projet de contrat a permis de constater qu’une des trois firmes ayant bidé après le délai de soumission a gagné. « Est-ce que c’est là que la Cour des comptes bloque ? Est-ce que c’est là qu’il y a des ignorants dans la Cour ? Est-ce que c’est là qu’il y a de la sauvagerie ? », s’est demandé le président Rogavil Boisguéné.

Objet d’attaque lors du dialogue communautaire organisé au palais, le projet de contrat pour la construction d’un pont sur la côte sud n’est pas encore acheminé à la CSCCA, indique le président Boisguéné. « Les avis défavorables, corrigés, renvoyés, seront traités convenablement, au regard de la loi. Nous restons fermes, inébranlables, dans les limites de la loi », dit-il, soulignant que « la loi, c’est la force ». « Mes parents m’ont toujours dit qu’entrer dans des compromis vous fera perdre votre dignité », affirme-t-il, sans faire l’économie d’exprimer sa fierté « de travailler avec des conseillers et des cadres qui sont respectueux de la loi ».

Avant le clash…

Avant l’attaque contre la Cour ayant provoqué ce clash et les excuses, le président Jovenel Moïse, le 21 juillet dernier, s’était rendu à l’avenue Christophe. Le président de la Cour des comptes avait indiqué avoir apporté des clarifications au président Jovenel Moïse sur le retour à l’envoyeur de beaucoup de projets de contrats mal montés, dont 29 contrats du ministère de la Santé publique et de la Population en rapport au coronavirus. Les projets de contrats sont souvent mal préparés, dans l’ignorance des règles minimales sur la passation de marchés ou de la comptabilité publique. Un projet de contrat qui n’a pas de retenue de l’acompte de 2 % pour le Trésor public est retourné, avait fait savoir Rogavil Boisguéné, qui conseillait au ministère de la Santé d’engager des professionnels spécialisés en droit public, en passation de marchés pour préparer les projets de contrats. 

La CNMP, la CSC/CA pourraient participer aussi à leur formation, avait indiqué Rogavil Boisguéné, soulignant que le président Moïse était « étonné » d’apprendre cela et qu’il n’y a pas de velléité systématique de la Cour de bloquer des projets de contrats. « Le président en était étonné car les gens disent que c’est la Cour des comptes qui veut bloquer», avait indiqué le président de la CSCCA, Rogavil Boisguéné, peut-être loin de se douter que les Tèt Kale, le président Moïse en tête, allaient voir rouge au point de sortir les crocs et des menaces après le retour pour correction du projet d’accord pour la construction d’une centrale électrique de 55 mégawatts avec General Electric…

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