De longues files d’attente dans les bureaux de transfert

Written by on October 13, 2020

Publié le 2020-10-12 | Le Nouvelliste: On s’approche de la troisième semaine consécutive d’arrêt des sous-agents de transfert sur l’ensemble du territoire national. Les conséquences de cet arrêt commencent à être de plus en plus visibles. Seuls les bureaux de transfert contrôlés par les agences mères et les banques commerciales continuent de livrer les montants aux clients. Dans ces succursales, de longues files d’attente sont observées ce lundi un peu partout dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, notamment au niveau de la commune de Delmas.

Il est environ treize heures, le lundi 12 octobre. Le soleil est à son zénith. Pourtant, ils sont nombreux à faire la queue dans les maisons de transfert dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince. Une situation inhumaine qui prévaut depuis la décision de l’Union nationale des sous-agents de transfert d’Haïti (UNATHA) d’observer un arrêt de travail illimité en guise de protestation contre l’application de la circulaire 114-2 de la Banque de la République d’Haïti (BRH) relative aux transferts de fonds internationaux sans contrepartie.

Les agences mères ne sont pas assez nombreuses pour desservir l’ensemble de la population. Cette tâche était plutôt réservée aux sous-agents dont la vente du dollar constitue la principale source de revenu. Dans le bureau de CAM transfert de Delmas 57, sous un soleil de plomb, ils étaient plusieurs dizaines à essayer de récupérer leurs transferts. Ils n’ont même pas la garantie qu’ils seront servis. « Je fais plusieurs kilomètres pour arriver jusqu’ici. C’est pour la deuxième fois que j’essaie de récupérer mon argent », se plaint une jeune femme.

Dans les banques et les autres succursales de ces agences, la situation n’est pas différente.  Le traitement réservé aux clients est révoltant. Les receveurs de transfert demandent aux responsables de tout mettre en œuvre pour satisfaire la demande des sous-agents. « Quand les sous-agences de transfert fonctionnent, nos transactions s’effectuent en un laps de temps », témoigne un autre client interrogé par le journal.

Tandis que les opérateurs de transfert opérant à l’étranger sont tenus de remettre en dollars américains à leurs agents autorisés en Haïti (banques et maisons de transfert) ou à leurs filiales en Haïti les fonds reçus des expéditeurs,  la circulaire 114-2 fait injonction aux banques et aux maisons de transfert de payer les transferts internationaux en monnaie étrangère que si le bénéficiaire reçoit les fonds sur son compte de dépôt en dollars américains domicilié dans une institution financière. Dans le cas contraire, le paiement se fait en monnaie locale à n’importe quel point de service ou sur un instrument de paiement.

Selon les décisions de la banque centrale, 30% de la totalité des transferts seront gérés directement par la banque de la République d’Haïti. Les 70% restants seront partagés entre les banques, les maisons de transfert mères et les sous-agents et 30% reviendraient aux sous-agents. Une portion jugée insuffisante par les acteurs de ces structures.

Ainsi, les sous-agents se sentent lésés par cette mesure qu’ils jugent d’ailleurs discriminatoire. « Une telle décision est de nature à éliminer ces structures qui sont, au total, de plus de quatre mille à travers le pays et qui embauchent plusieurs milliers de personnes», estime Renel Pierre, président de l’Union nationale des sous-agents de transfert d’Haïti.

Après deux semaines d’arrêt complet, aucun signe ne montre que la BRH souhaite revenir sur cette décision. Mais les sous-agents continuent de se mobiliser afin de faire échec à l’application de cette circulaire en vigueur depuis le 1er octobre. Ce lundi 12 octobre, ils étaient plusieurs dizaines à travers les rues de la capitale pour exiger le retrait de la circulaire. « Cette mesure est adoptée dans l’optique de favoriser les banques sans prendre en compte la situation des sous-agents qui vivent essentiellement de la vente du dollar », soutient le président de l’UNATHA. Tout indique que ce bras de fer va durer encore longtemps. Les bénéficiaires de transfert sont pris entre l’enclume de la BRH et le marteau des sous-agents de transfert. Qui va lever le petit doigt pour ce groupe qui a vraiment du mal à obtenir son transfert ?

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