Assassinat de Jovenel Moïse : Difficile de trouver un juge pour instruire l’affaire

Written by on August 9, 2021

Publié le 2021-08-06 | lenouvelliste.com Le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince peine à trouver un juge d’instruction à qui confier l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse, abattu chez lui le 7 juillet dernier. Le juge Bernard Saint-Vil, qui devait annoncer depuis le jeudi 5 juillet le choix du magistrat instructeur, n’a pas pu respecter le délai qu’il s’était fixé. Les juges ne se bousculent pas pour enquêter sur l’assassinat du président.

7 juillet 2021– 7 août 2021, déjà un mois depuis l’assassinat crapuleux du président de la République. Selon ce qu’ont confié vendredi au Nouvelliste des sources judiciaires, pas moins de trois juges d’instruction ont déjà décliné l’invitation du doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince à enquêter sur l’assassinat de Jovenel Moïse. « Sur la courte liste des potentiels juges d’instruction à qui le doyen envisagerait de confier le dossier, figurent plusieurs qui ont déjà traité des dossiers à scandales comme le dossier PetroCaribe ou celui sur le bateau de sucre Manzanares ou encore l’affaire Jacques Ketan », a révélé au journal une source judiciaire qui a participé aux discussions sur le choix du juge.

« Je connais pas moins de trois autres juges qui ont catégoriquement refusé le dossier d’instruction sur l’assassinat du président Jovenel Moïse », a confié au Nouvelliste une autre source judiciaire.

« Le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince ne devrait pas avoir de peine pour confier un dossier à un juge. Il n’aurait qu’à désigner un juge. Mais le dossier de l’assassinat du président est sensible. Il ne suffit pas uniquement pour un juge d’avoir de la compétence pour traiter ce dossier. Il doit être aussi crédible, honnête et avoir du caractère… », a fait savoir notre source judiciaire.

Une autre source judiciaire, un juge à Port-au-Prince qui s’est aussi confié au Nouvelliste, a dit craindre que la justice haïtienne ne soit pas mise sur le banc de touche au profit de juges internationaux. Le magistrat a évoqué le fait que le gouvernement a sollicité  le support des Nations unies dans la conduite de l’enquête sur l’assassinat du président le jour même où le dossier a été transféré au cabinet d’instruction. Pour lui, cette demande adressée a l’ONU n’est pas anodine.

À l’issue d’une assemblée de juges jeudi dernier, le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince a fait savoir qu’il devait passer en revue les magistrats afin de voir leur expérience, leur spécialité avant de choisir. « Nous avons parlé à plusieurs juges d’instruction. Je pense que cet après-midi ou demain matin (NDLR : jeudi après-midi ou vendredi matin), le nom du juge (à qui le dossier sera confié) sera connu », avait annoncé l’honorable magistrat Bernard Saint-Vil. Un délai que le magistrat n’a pas pu honorer.

Le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince a précisé qu’il n’a pas à demander à un juge son avis avant de lui confier un dossier. « Mais un dossier peut avoir des particularités pour lesquelles on pourrait demander des moyens spéciaux pour le juge. On a tenu des rencontres avec des autorités afin de leur demander des moyens permettant au juge de sécuriser les dossiers (pièces à conviction, corps du délit). Nous avons aussi demandé des moyens de déplacement pour le juge, parce que pour un tel dossier il faut avoir des moyens spéciaux », a expliqué dans la presse le juge Bernard Saint-Vil.

« Nous avons demandé aussi des agents de sécurité pour le juge. Ce sont des moyens que nous avons demandés au plus haut niveau de l’État. Avant même de dire à quel juge on va confier le dossier, ces moyens devaient être mis à la disposition de ce dernier… Je souhaite que ces moyens soient mis le plus vite possible à la disposition du doyen », a exhorté le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince.

Avant de transmettre le dossier au doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince mercredi dernier, le parquet de Port-au-Prince avait déjà auditionné plus de 45 personnes dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du président.

Le parquet a décerné des mandats d’amener contre cinq nouvelles personnalités, à savoir Paul Denis, responsable du parti politique INIFOS; Liné Balthazar, président du PHTK, le parti au pouvoir ; les pasteurs Gérald Bataille et Gérard Forges et de l’homme d’affaires Samir Handal.

Le samedi 7 août ramène un mois depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse chez lui le 7 juillet dernier. Un mois après, la justice haïtienne peine à démarrer son enquête…


Reader's opinions

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *



Current track

Title

Artist