Camp-Perrin sévèrement touchée

Written by on August 17, 2021

Publié le 2021-08-16 | lenouvelliste.com A Camp-Perrin et dans d’autres communes des départements du Sud et de la Grand’Anse, les plaies causées par le cyclone Matthew en octobre 2016 étaient en train de se cicatriser quand la terre a tremblé sous leurs pieds, le samedi 14 août. Le bilan est lourd avec des morts, de nombreux blessés et des pertes matérielles considérables. Le Séminaire Collège de Mazenod, l’une des meilleures institutions scolaires du pays, se retrouve à genoux. La chapelle, les bâtiments logeant résidence des prêtres, dortoir, imprimerie, salles de classe, direction… ont été détruits.

Camp-Perrin se réveille samedi matin avec les klaxons des moto-taxis. Le soleil pointe son nez après une journée pluvieuse la veille. Il est 8h30 quand la nature se fâche. La terre se met à trembler. Violemment. Un séisme de magnitude 7.2 sur l’échelle de Ritchter. Encore plus violent que celui du 12 janvier 2010, selon les experts.

Les secondes durent des heures. Les « Jezi », « Letènel ooo» fusent de toutes parts. Après les 40 secondes qui ont duré une éternité, une jeune femme transporte en catastrophe sa fillette de cinq ans en sang. Un muret de la maison effondré a brisé la jambe gauche de l’enfant. Un peu plus loin, une autre femme, inconsolable, pleure la mort de sa fille de 13 ans. La maison familiale lui est tombée dessus dès les premières secondes du séisme. Les mauvaises nouvelles affluent au fur et à mesure. Un peu plus loin, Rose-Marie est morte sous les décombres de sa maison avec un enfant dans les bras. A Bas-Camp, un homme baigne dans son sang sur la chaussée. Il a été tué par l’affaissement d’un mur d’un commerce.

A quelques encablures, la route est bloquée par l’éboulement d’un terrain et la chute de quelques arbres. On se fraye un chemin au risque de sa vie. A Haut-Camp, le bâtiment logeant le Market Immaculée n’a pas résisté aux secousses telluriques du tremblement de terre. Des jeunes du quartier viennent de tirer une jeune fille des décombres. Elle a des fractures au niveau de la hanche, du dos, de la jambe. Elle est allongée sur une porte. Le transport jusqu’à l’hôpital Sainte-Anne de Camp-Perrin s’annonce un peu compliqué. Sous les décombres, un agent de sécurité et une femme n’ont pas donné signe de vie.

A Jonc Champlois, c’est la désolation. Roosevelt et Magalie, un couple très connu, ont péri dans la catastrophe. Ils s’apprêtaient à vaquer à leurs activités quand leur résidence s’est effondrée comme un château de cartes. Les deux autres bâtiments d’à côté se sont aussi effondrés.

Le Séminaire Collège de Mazenod symbolise à lui seul l’ampleur du cataclysme. Le site est défiguré. La chapelle a été détruite. Les bâtiments logeant les salles de classe, la résidence des religieux, le dortoir, l’imprimerie, la cafétéria, entre autres, ont tous été détruits. On vient de sortir des décombres un prêtre. « On a pu le localiser parce qu’on communiquait avec lui de l’extérieur, confie un homme. Il y a d’autres personnes sous les décombres, mais on n’arrive pas à communiquer avec elles. »

Il est difficile de déblayer l’immeuble de trois niveaux à mains nues. Impuissant, un jeune homme, en pleurs, s’agenouille sur les ruines du bâtiment. Il pleure encore et encore quand il réalise que sa petite sœur se retrouve coincée, juste à quelques mètres de lui. Le jeune homme est abattu quand il réalise qu’il ne pourra pas sauver sa petite sœur. Sous ce bâtiment, au moins deux personnes tuées.

Dans les zones les plus reculées, des villages ont été rasés. A certains endroits, comme à Marceline, Picot, Moreau… les maisons qui n’ont pas été détruites se comptent sur les doigts d’une main. Yolande, une prêtresse vodou connue à Marceline et d’autres personnes qui assistaient à une cérémonie ont péri.

« J’ai vendu mon bétail pour construire cette maison. Elle m’a pris des années, voilà qu’elle est détruite en quelques secondes. Que la volonté de Dieu soit faite !», avance un quinquagénaire, le regard dans le vide, quelques minutes après le séisme.

Quant à Marc, il a travaillé pendant une dizaine d’années pour construire sa maison qui a été endommagée lors du passage du cyclone Matthew. « Je l’avais réparée après Matthew parce que la toiture était partie, dit-il. J’avais opté pour une construction plus solide que je viens à peine de terminer. J’ai tout perdu aujourd’hui en un clin d’œil. »

Plusieurs milliers de familles se retrouvent sans abri et ont vraiment besoin d’aide, surtout avec la dépression tropicale Grace annoncée sur le pays. « Je n’avais pas reçu de l’aide après le passage de Matthew, ce sera sans doute encore le cas aujourd’hui », critique Bernadette, rencontrée samedi à l’hôpital Sainte-Anne, bondé de blessés, pour la plupart des enfants avec des points de suture un peu partout. Pour certains, les cicatrices, ils les porteront à jamais.

Valéry Daudier


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