Fille d’Agwe, une peinture de sensibilité purement magique

Written by on August 13, 2021

Publié le 2021-08-12 | lenouvelliste.com « Les mondes binaires font partie de mes principales préoccupations en matière de création artistique et littéraire. Mon roman d’anticipation ‘’Le plus long jour de chasteté’’, publié en 2011, constitue la première étape de cette expérience qui s’est poursuivie dans les arts visuels, toiles et totems réunis, faits de sensibilité purement magique », déclare l’artiste peintre Mèrès Weche. Par magie, il n’entend point ici prestidigitation, mais bien cette quête d’une dimension extrasensorielle, supranaturelle même dans l’œuvre d’art.

Peintre et critique d’art de son état, Weche donne des pistes de lecture pour décoder son oeuvre : « Cette peinture d’inspiration atomique, mesurant 24 x 36 pouces, et de texture acrylique sur toile, est réalisée sur fond du Taj Mahal, cette construction spirituelle d’essence hindoue. Toutefois, l’œuvre est projetée en avant-plan sur des éléments structurels de l’idéologie vodou, tels que l’assotor et l’asson, montrant avec objectivité la synthèse des croyances, dans une perspective d’appréhension relationnelle entre les mystères qui peuplent le vaste univers. »

Pour lui, l’art, en tant que démarche de compréhension du monde, par la conjonction des formes et des couleurs, s’accommode de tous les mythes pour « figurer » l’unicité et l’universalité de l’être. « L’image de la Sirène, mi-femme, mi-poisson, en est une des plus expressives pour créer l’effet binaire et montrer l’évidence de la continuité cellulaire », souligne-t-il.

Grand lecteur des sages de l’Antiquité, l’auteur de cette peinture intitulée fille d’Agwe, soutient : « La nature est une et indivisible. Et selon la vision presque unilatérale des présocratiques, Anaximène, Anaximandre, Parménide et Héraclite, pour ne citer que ceux-là, l’existence est permanente et continue ; l’artiste qui la conçoit dans son œuvre doit aboutir à la synthèse des idées élaborées dans cette philosophie dite « de la Nature » pour créer des œuvres – même  figuratives, en opposition à l’abstraction pure – qui témoignent de l’harmonie des êtres créés par la Pensée pensante, c’est-à-dire par la Sagesse universelle. »

La magie de la création artistique

Grâce à la magie de la création artistique, il a pu s’introduire dans les chambres secrètes de la « pensée engendrée » qu’est la condition humaine, pour dialoguer avec les nymphes et autres entités astrales qui ont le pouvoir de l’inspiration. Le natif de Beaumont, auteur de plusieurs romans et essais, écrit comme il peint, avec les artefacts les plus élaborés de la pensée transcendantale, surtout pour échapper aux idées pernicieuses qui font pondre la plupart du temps des œuvres « alimentaires » sans substance réelle.

Aussi, c’est avec détermination qu’il affirme : « Je suis le peintre le moins connu des Seabrook du marché de l’art haïtien, ainsi nommés par Jacques Stephen Alexis, dans ‘’Lettre à mes amis peintres’’. Ma peinture ne remplit aucune fonction de décoration, encore moins de classification touristique, car elle n’est point destinée à faire l’apologie d’un folklorisme béat. Le fond idéologique et historique de ma peinture vise essentiellement l’expressivité des réelles valeurs haïtiennes, sans inhibition aucune. »

Par le jeu des formes, des paradoxes, des collages et couleurs, et surtout par l’option de synthétisation « objet-sujet », le Beaumontrois revendique les idées-forces qui font résister aux assauts répétés de la déperdition. C’est fort de cette conviction qu’il clame haut et fort : « J’opte pour une peinture hybride, faite de réel concret et d’onirisme idéologique. Ce concept plastique, je l’exprime ici clairement dans Fille d’Agwe. »


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