L’après Moïse : les Américains passent en revue les acteurs

Written by on July 27, 2021

Publié le 2021-07-26 | lenouvelliste.com A quel stade se trouve Haïti ? Difficile de répondre à cette question, en ce dernier lundi de juillet. Les récents évènements ne sont pas pour nous éclairer.

Les funérailles du président Jovenel Moïse se sont déroulées sur fond de violences au Cap-Haïtien, vendredi. Violences verbales envers ceux qui n’ont pas assuré sa sécurité mais qui sont toujours en poste et mènent l’enquête pour trouver les coupables. Violences verbales envers ceux qui sont identifiés comme des auteurs -de près ou de loin- de la tragédie du 7 juillet 2021. Violences dévastatrices dirigées contre des entreprises de la métropole du Nord.

La seule délégation étrangère venue assister aux funérailles de Jovenel Moïse, celle des États-Unis d’Amérique, a dû repartir avant la fin de la cérémonie. La représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies a pris ses jambes à son cou, comme la grande majorité des participants, pour quitter les lieux. Ces faits illustrent le déficit chronique de sécurité.

L’humeur énervée de toute la population capoise serait due, quant à elle, au fait que le gouvernement Henry n’a ni prolongé le mandat du comité d’organisation des funérailles nationales du président ni mis en place une autre structure. La ville n’a pas été gérée par le pouvoir central, dit-on pudiquement.

Le déroulement houleux des funérailles restera comme un autre évènement majeur de ce mois de juillet. Il souligne que la barque nationale va à vau-l’eau. Tout s’est passé au Cap au petit bonheur la chance avec les conséquences que l’on sait pour les victimes et pour l’image du pays.

Si on devait évaluer la performance du gouvernement Henry pour ce premier acte, la moyenne ne serait pas obtenue.

La moyenne n’est pas obtenue non plus en matière de communication gouvernementale. On ne sait pas encore ce que compte faire Henry. CEP, référendum, élections, sécurité, relance économique, rétablissement de la confiance, lutte contre la corruption, reprise en main du secteur judiciaire… rien n’a encore été dit sur comment le pays va se colleter aux problèmes que le président Jovenel Moïse n’avait pas pu résoudre ni même, dans certains cas, tenter de régler.

Ariel Henry, pour le moment, est comme un premier ministre qui dépend encore du président Moïse. L’immobilisme ne pourra pas l’aider à gouverner. Va-t-il mettre en jeu la survie de son gouvernement en agissant ou en attendant patiemment que les jours passent?

Pour le moment, le seul acteur actif sur le terrain est l’administration Biden. Michele Sison est de retour. L’envoyé spécial Daniel Foote multiplie les rencontres. Chaque jaugé s’empresse de poster sa photo ou de faire savoir qu’il est sur la short list de ceux qui comptent.

Évaluer les acteurs majeurs, les États-Unis le font en permanence en Haïti. Ils sont toujours prêts à soutenir le pouvoir en place, à prendre en compte les rapports de force sans s’attacher à aucune personnalité en particulier, voilà en résumé la position éternelle des Américains en Haïti. Cela les pousse à reprendre les anciennes solutions et à privilégier les chemins faciles au risque de commettre les mêmes erreurs dans le dossier haïtien, crise après crise.

La classe politique encore groggy, la société civile qui se cherche, le gouvernement immobile, le secteur des affaires en apnée, la population qui attend des jours meilleurs, tous les acteurs de la crise haïtienne semblent espérer une prise en main, un mot, une aide ou un traitement neutre de la part des Américains dans la recherche des solutions à venir.

Même ceux qui jurent le contraire attendent une attitude en leur faveur de la part de l’administration Biden.

Les Américains, en cette fin de juillet, comme en 1915, sont les seuls sur le terrain, les seuls à s’intéresser au cas Haïti devant l’échec monumental de l’ONU comme de l’OEA et le retrait prudent des autres membres du Core Group.

Que va-t-il se passer en 2021 ?

Personne ne peut le dire en ces temps de pandémie de Covid qui refrène l’appétit pour les interventions directes avec des milliers d’hommes de troupe.

En parlant de présence militaire et de besoin urgent de sécurité, on ne sait pas pourquoi le directeur de la Police nationale d’Haïti s’est laissé prendre en photo, les bras croisés entre l’ambassadeur américain Sison et l’envoyé spécial Foote.

Comme tous les Haïtiens, se livre-t-il en aveugle au destin qui l’entraîne ?

Ce 27 juillet, vingt jours après le décès tragique du président Jovenel Moïse, le pouvoir est là, offert sur la table et ceux qui en rêvaient sont incapables d’initiative. Ils ont perdu leurs moyens et doutent de leur sens de l’orientation. Partagés qu’ils sont entre petites envies tenaces et grande impuissance.

L’avenir d’Haïti se bricole une nouvelle fois dans des réunions en petits comités pendant que les problèmes prennent du poids. Du déjà vu, depuis le séisme de 2010.


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