Le pasteur Lemète Zéphyr évoque les raisons pour lesquelles les acteurs haïtiens peinent à trouver un accord

Written by on August 13, 2021

Publié le 2021-08-12 | lenouvelliste.com Le pasteur Lemète Zéphyr à évoqué à la matinale de Magik 9, le jeudi 12 août 2021, cinq points qui, selon lui, empêchent les acteurs de trouver une entente susceptible de résoudre la crise haïtienne. Le porte-parole de Passerelle, structure de la société civile et du secteur privé à l’origine de l’accord de Marriott, a souligné, entre autres, le manque de pratique démocratique et l’absence d’une vision solide.

Malgré de nombreuses initiatives prises par des groupements de la société civile pour tenter de résorber la crise qui perdure dans le pays, les différents acteurs du pays tardent à trouver une entente susceptible de la dénouer. Le pasteur Lemète Zéphyr a, de son côté, énuméré cinq points qui sont à la base de cette situation. « Il y a un problème de manque de pratique démocratique en Haïti qui pousse chaque acteur qui dirige un groupe de la société civile ou un parti politique à penser qu’il est la société civile ou le seul parti politique du pays, lors des discussions sur des problèmes politiques, Or, c’est faux. Chacun essaie de tirer le drap de son côté pour faire passer ce qu’il considère comme la vérité. Le deuxième point est l’éclatement de la société où personne ne se reconnaît dans les dires des autres  (le secteur syndical, des affaires, religieux, judiciaire,) personne ne peut s’unir au sein d’un groupe. Des morcellements ont alors surgi. Au lieu de construire une force, chacun essaie de se mettre au-devant de la scène. Cela réduit la possibilité de trouver une entente, parce que, quel que soit le représentant choisi pour un secteur, il y aura toujours deux ou trois autres petits groupes à le réfuter. Or, il est impossible pour 11 millions d’Haïtiens de participer au choix. Il faut rechercher la représentativité », a-t-il préconisé.

Ce qui constitue un frein à l’aboutissement d’un accord est également « un combat pour se maintenir sur la scène politique ». « Il y a des personnes qui seront toujours en opposition par rapport aux propositions parce que c’est, pour eux, la seule façon de continuer à exister sur la scène politique. Ils n’ont pas forcément une vision qui reflète l’opinion de la majorité et ils n’ont pas toujours la capacité de convaincre les autres sur leurs prises de position. Aussi, il y a l’absence d’une vision solide pour un changement global du  pays qui pourrait représenter l’attente de la majorité. Cette absence de vision sur les revendications populaires fait que chaque personne essaie de dire la même chose de façon différente pour se mettre en avant. Cela arrive parce qu’il y a une possibilité de trouver des postes dans  un prochain gouvernement c’est-à-dire des privilèges et des avantages. La personne se met dans une position pour qu’on fasse appel à elle. Le dernier point est l’incapacité des acteurs de l’opposition, du pouvoir et de la société civile à apprendre les leçons des histoires récentes », a soutenu M. Zéphyr, qui pense que nous sommes arrivés dans les limites imaginables considérant l’assassinat du président Jovenel Moïse, chez lui, le 7 juillet dernier et la façon dont l’enquête est menée plus d’un mois après.

« Le pays est délabré. Et si l’on continue sur cette lancée la situation va empirer. Les acteurs qui pensent que ce qui se passe actuellement leur est bénéfique sont des éventuelles  prochaines victimes de cette situation », a prévenu le pasteur, rappelant son expérience au sein de la passerelle en 2019 durant des rencontres avec des personnes avec lesquelles il avait trouvé une entente qui se sont rétractées au dernier moment, parfois au moment de signer un procès-verbal. «  Les discours à la radio sont faits, bon nombre de fois, pour amuser la galerie. Sur la table de discussion, la réalité montre qu’il n’y a pas une volonté réelle pour résoudre les problèmes. Les personnes ont consenti des efforts pour défendre une position convoitée. Au cas où son attente ne serait pas comblée ou menacée, elle ferait tout pour bloquer la démarche visant à trouver ce consensus », a observé l’homme d’Église.

Pour l’instant, le pasteur Zéphir juge que les politiciens « ap mache gaye », n’ont pas de position fixe. Une posture due au fait que des acteurs n’ont pas de conviction ni d’idéologie politique de l’avis de M. Zéphyr. « Nous vivons une approche politicienne, chacun cherche son avantage. Si l’on banalise cette crise, la communauté internationale continuera à nous imposer ses règles pour protéger leurs intérêts dans la région. Si nous ne résolvons pas ce problème, la communauté internationale prendra directement les commandes et mettra sur pied un gouvernement, a-t-il averti. Il invite les acteurs à se replonger dans l’histoire du pays. Ainsi, ils trouveront des exemples prouvant que nous faisons le jeu de l’international, particulièrement le gouvernement américain, qui en profite pour prendre le contrôle des institutions, à chaque fois que les Haïtiens refusent de trouver entre eux une entente ».

Le pasteur Zephyr encourage tous les secteurs à appuyer et renforcer la commission pour la recherche d’une solution haïtienne à la crise qui a rendu public un accord le 28 juillet dernier qui, selon lui, embrasse les revendications de tous les secteurs de la vie nationale.


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