Le séisme et sa mémoire

Written by on August 17, 2021

Publié le 2021-08-16 | lenouvelliste.com Nous ne sommes plus au lendemain du 12 janvier 2010. Aujourd’hui, nous continuons à dénombrer les victimes du violent séisme de magnitude 7.2 qui a frappé le grand Sud d’Haïti (notamment Sud, Grande-Anse, Nippes), le samedi 14 août 2021. Selon des scientifiques du LMI CARIBACT1 (URGéo, Faculté des sciences de l’Université d’État d’Haïti et Géoazur, Université et Observatoire Côte d’Azur, CNRS, IRD, France), le séisme du samedi 14 août est plus puissant que celui de 2010 mais fera moins de dégâts. Il nous remet aussi en mémoire l’événement dévastateur du 12 janvier 2010, de magnitude similaire, qui causa des dizaines de milliers de victimes et inspira un grand nombre d’auteurs haïtiens.

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a inspiré un grand nombre d’auteurs haïtiens en donnant lieu à une diversité de voix. Citons l’immortel Dany Laferrière avec son roman Tout bouge autour de moi, Yanick Lahens (Failles), Marvin Victor (Corps mêlés),  Guy Régis Junior  (De toute la terre le grand effarement), Kettly Mars (Aux frontières de la soif), Gary Victor (Soro) et Markenzy Orcel ( Les immortelles). Ces magiciens du verbe ont offert leur rendu de ce désastre meurtrier.

Dany Laferrière (Tout bouge autour de moi)

« Tout bouge autour de moi » (ed. Grasset) de Dany Laferrière est un vibrant témoignage du séisme. Dans ce récit, l’auteur retrace les principaux moments du désastre. Il a décrit, telle une leçon de vie la manière d’être debout quand tout tombe aux alentours.

Marvin Victor (Corps mêlés)

Corps mêlés, le premier roman de Marvin Victor, paru chez Gallimard en décembre 2010, le plus beau roman haïtien sur le séisme, met en relief Ursula Fanon, une femme de 45 ans. Elle est complètement déboussolée à Baie-de-Henne parce que sa fille Marie-Carmen est enterrée vivante sous des tonnes de béton à l’avenue  Magloire Ambroise. La douleur étreint cette mère qui n’arrive pas à dire à son mari que Marie-Carmen est morte puisqu’il ignore son existence. Quel drame !

Kettly Mars (Aux Frontières de la soif)

« Aux Frontières de la soif » (éditions Mercure de France), de la romancière haïtienne Kettly Mars, raconte l’histoire de Fito Belmar, marié, incapable  de satisfaire au lit, qui se tourne vers les petites filles dans les camps des réfugiés de Canaan. Dans ce récit, la romancière traite de la prostitution des jeunes femmes cherchant à  subvenir aux besoins de leurs familles au lendemain du séisme.

« Failles » (Sabine Wespieser), signé Yanick Lahens, est aussi un témoignage vivant du séisme. Ce récit relate le chaos et les petites joies du quotidien fissuré. Comme l’évoque le roman « Collier de débris » de Gary Victor, ce livre campe la solidarité qui a animé les Haïtiens après la tragédie du 12 janvier 2010.

Guy Régis Junior  (De toute la terre le grand effarement)

« De toute la terre le grand effarement » de Guy Régis Junior met en scène deux putes anonymes de la grand-rue. Perchées sur un arbre, après l’effondrement du bordel « Bel Amou », le soir même du mardi 12 janvier 2100, ces putes s’adonnent à compter les étoiles  filantes. Une manière pour elles, à défaut de statistiques officielles convaincantes, de dénombrer les cadavres. À la manière de Markenzy Orcel, dans Les Immortelles, Guy Régis Jr donne la parole aux immortelles de la grand-rue.

Markenzy Orcel ( Les immortelles)

Le romancier haïtien Markenzy Orcel consacre aussi sa plume à ce désastre qui marque à jamais chaque Haïtien avec son roman d’envergure, « Les immortelles ».

Dans un bordel de Port-au-Prince, sur la grand-rue, une survivante du tremblement de terre meurtrier du 12 janvier 2010 prend à parti l’inconnu qui monte la voir. Apprenant qu’il est écrivain, elle lui propose un marché. S’il couche sur le papier l’histoire de ses sœurs prostituées fauchées, emportées par le séisme sous les décombres, elle s’offrira à lui sans compter. Il accepte et met ses mots au service de l’amour et de la souffrance.

La femme conteuse ressuscite l’une d’entre elles, Shakira, « la petite », toute pénétrée d’une passion dévorante pour Jacques Stephen Alexis, une grande figure de la littérature haïtienne. Cette dernière parle avec son cœur de la petite avec qui elle partageait des instants de joie, des moments inoubliables que le séisme ne pouvait emporter. Cette petite qui, passant son temps à dévorer des livres entre deux passes, est morte ensevelie sous les décombres d’un immeuble. Pour la putain, Shakira était plus qu’une amie, elle était sa propre fille.

« Les Immortelles » du  romancier haïtien Markenzy Orcel a été salué par un bon nombre de critiques littéraires. On reconnait à l’auteur un style limpide, une écriture mature


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