L’exode silencieux des Haïtiens de l’Amérique latine vers l’Eldorado étasunien

Written by on August 15, 2021

Publié le 2021-08-10 | lenouvelliste.com Ces dernières années, le Mexique est devenu un nouveau terre d’accueil pour des milliers d’Haïtiens ayant fait le pari d’emprunter la route la plus difficile pour rejoindre les États-Unis. Les autorités migratoires mexicaines, débordées, s’attendaient à un ralentissement du flux de migrants haïtiens en apprenant la nouvelle de l’assassinat du président Jovenel Moïse. Or, il n’en est rien. Les migrants haïtiens continuent d’affluer vers le Mexique, leur nouveau lieu d’accueil, afin d’atteindre l’Eldorado américain.

À la fin du mois de juillet dernier, selon les statistiques de la Commission mexicaine d’assistance aux réfugiés (Comar), reprises par le journal espagnol El Pais, un total de 13 253 Haïtiens ont fait une demande d’asile, auxquels s’ajoutent plus de 1 700 personnes inscrites dans les statistiques avec la nationalité chilienne et plus de 1 000 autres avec la nationalité brésilienne qui, en réalité, sont les enfants d’Haïtiens nés dans ces deux pays.

Le chef de Comar, Andrés Ramírez, a déclaré à El Pais qu’ « à la fin de l’année, nous aurions un nombre impressionnant d’Haïtiens ». « J’aurais pensé qu’avec l’assassinat du président Moïse il y aurait un départ important des Haïtiens. Mais les gens qui continuent de venir au Mexique ne viennent pas d’Haïti. Ce sont ceux qui  vivaient au Chili, ceux qui vivaient au Brésil. Avec les ressources qu’ils ont obtenues après avoir travaillé et vécu dans ces pays pendant plusieurs années, ils ont de meilleures chances de pouvoir partir et se diriger vers le nord à un moment où l’économie brésilienne et la situation au Chili se sont considérablement dégradées », a-t-il confie au journal espagnol.

Les Haïtiens constituent la deuxième nationalité d’origine de ceux qui demandent l’asile, seulement dépassés par les Honduriens.

À en croire Andrés Ramírez, cette année, les autorités mexicaines s’attendent à un nombre sans précédent de plus de 100 000 demandes d’asile. Ramírez impute cette hausse aux politiques de plus en plus restrictives de Washington ces dernières années et aux réseaux de soutien mis en place au profit des migrants se trouvant au Mexique.

Ces derniers arrivent en provenance de la frontière poreuse entre l’Équateur et la Colombie, et l’agence Migración Colombia insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau mais d’un flux historique qui déjà a connu par le passé des pics de plus de 35 000 personnes en un an.

Cependant, l’agence  qualifie d’alarmants les chiffres actuels, qui dépassent de loin les précédents. Au cours de cette année, rapporte le journal colombien El Tiempo, les autorités panaméennes ont enregistré 46 000 personnes tentant de traverser cette frontière, dont 18 000 rien qu’en juillet. Plus de 20 000 d’entre eux sont de nationalité haïtienne, arrivant de loin en première place, suivis de 8 000 Cubains.

Le périple de ces migrants a commencé au Brésil, puis ils ont dû traverser le Pérou, la Bolivie, l’Équateur jusqu’à ce qu’ils atteignent la Colombie, un pays qui ne présente que très peu d’attraits pour eux puisqu’ils le considèrent comme un transit. Selon des chiffres communiqués par El Tiempo, au moins 1 500 migrants haïtiens tentent chaque jour de franchir la frontière entre l’Équateur et la Colombie.

Toutefois le journal colombien précise que le nombre d’Haïtiens à cette frontière demeure dérisoire par rapport à la diaspora vénézuélienne, qui se compte par millions. Cette vague d’Haïtiens constitue un flux constant de dizaines de milliers de migrants irréguliers qui arrivent non pas des Caraïbes mais du sud du continent, principalement du Brésil et du Chili, où ils ont fui après le séisme de 2010. Sur cette route risquée à travers le Darien, l’une des forêts les plus dangereuses au monde, ils sont accompagnés dans une moindre mesure par des Cubains, des Asiatiques et des Africains.

La migration haïtienne parcourt l’Amérique latine depuis une décennie et est redevenue visible dans un lieu inhospitalier : la jungle frontière entre la Colombie et le Panama. Des milliers de migrants bloqués ont transformé la municipalité colombienne de Necoclí en entonnoir avant d’entrer dans l’isthme formé par le Darién et de poursuivre leur voyage à travers l’Amérique centrale vers le nord, avec les États-Unis comme destination souhaitée et le Mexique comme nouveau territoire d’accueil pour l’exode de cette nation des Caraïbes. Cette crise avec un effectif sans précédent a mis en lumière le pèlerinage d’une population qui traverse le continent, alors qu’Haïti reste engluée dans un autre pic d’instabilité, un de plus, après l’assassinat du président Jovenel Moïse.

Sources combinées


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