Port-au-Prince/Cayes, sans problème

Written by on August 21, 2021

J’avais décidé de ne pas traverser Martissant par voie terrestre. Je me demandais pourquoi je devais affronter la mort. Pourquoi devais-je m’amuser à tromper la mort ? Pourquoi devais-je croiser le regard des hommes munis d’armes de guerre alors qu’il n’y avait aucune urgence ? Avec le séisme qui a sévèrement frappé le grand Sud, je devais réviser mes plans. Voyager en avion, les mains vides, pour aller voir des proches sinistrés n’était pas une bonne idée. J’ai appris que les gangs avaient observé une pause, que ceux qui souhaitaient se rendre dans le grand Sud pour aller supporter les victimes du séisme pouvaient le faire «sans problème». J’ai tenté ma chance.

J’ai quitté Port-au-Prince à 5h30 a.m. ce vendredi 20 août. Une façon d’éviter les récents embouteillages avec l’ouverture de cette «frontière» qui sépare Port-au-Prince des quatres départements du pays et d’autres villes du département de l’Ouest. Le pick-up est bondé de kits alimentaires. Peu importe que les gangs observent une pause, je reste sur le qui-vive. La circulation était fluide, noté-je. Trop fluide que cela provoque, par moments, de l’inquiétude.

Arriver à Martissant que je n’ai pas vu depuis des lustres me sidère. Tout est calme. Trop calme, pensé-je. On traverse un quartier fantôme et insalubre. La chaussée défoncée par des flaques d’eau à Martissant 23 provoque un embouteillage monstre depuis le «feu-vert» des gangs à la libre circulation.

L’accès aux rues secondaires est fermé par des bandits armés.Les entreprises de Martissant ont été contraintes de mettre les clés sous la porte. Les habitants sont chassés. Jetés à la rue,  accueillis par des proches dans d’autres quartiers moins chauds.

Une fois franchi la route de Martissant, on a la sensation de gagner un pari. Une balle perdue hante toujours l’esprit des usagers de cet axe de la mort.

Le marché public sur la chaussée interrompt la fluide circulation à Fond-des-Nègres. On passe une quinzaine de minutes coincés dans des bouchons avant de poursuivre paisiblement le trajet. Le doute revient en apprenant que des individus armés rançonnaient des automobilistes à Aquin. On passe finalement sans encombre. En s’approchant de la ville des Cayes, des riverains tentent de bloquer la circulation pour attirer l’attention. Ils ont érigé des bicoques au bord de la route afin qu’ils ne soient pas oubliés par cet amas d’aide qui défile sous leurs yeux.

Au moindre arrêt du véhicule, des gens se précipitent. Ils guettent chaque véhicule.

J’ai rejoint les Cayes sans problème. Contrairement à certains véhicules qui ont rendu leur dernier souffle en cours de route. Je dois maintenant affronter les problèmes de mes proches touchés par les dégâts du séisme.

À première vue, la ville des Cayes ne donne pas l’allure d’une ville touchée par le séisme. Il faut se rendre dans des quartiers comme Nan Savann, sillonner des communes comme Camp-Perrin,  Maniche… Parcourir les zones les plus reculées du Sud, de la Grand’Anse et des Nippes pour mesurer l’ampleur des dégâts. Pour comprendre que des familles ont cruellement besoin d’aide pour se relever.


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