Michel Soukar revient sur la politique nocive des USA en Haïti

Written by on July 29, 2021

Publié le 2021-07-28 | lenouvelliste.com Le mercredi 28 juillet ramène la commémoration de l’occupation américaine en Haïti qui a débuté en 1915 et a pris fin en 1934. Les conséquences de cette occupation sur le pays sont énormes. Les séquelles sont encore vivaces dans les mémoires. Paradoxalement, cette commémoration intervient à un moment où  le directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), Léon Charles, discute notamment avec l’ambassadeur des Etats-Unis en Haïti, Michele J. Sison, de l’envoi de troupes étrangères dans le pays à la suite d’une demande produite par l’ancien Premier ministre par intérim, Claude Joseph, à la suite de l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet dernier. Face à cette situation, l’historien Michel Soukar ne s’est pas montré clément. « Le plus grave problème des politiciens en Haïti, c’est qu’ils ne connaissent pas l’histoire. Le problème d’Haïti n’est pas seulement l’ignorance, mais également le refus du savoir parce que si on dirige un pays en fonction de deux fondamentaux : le savoir et l’avoir, on ne saurait accoucher l’espérance haïtienne. C’est impossible », a-t-il affirmé, rappelant que des pays comme la République dominicaine et le Costa Rica ont subi la domination étrangère, mais ont une élite qui privilégie le savoir et l’avoir.

L’élite haïtienne face à son devoir

L’avoir sans le savoir est fatal. « Lorsqu’on privilégie uniquement l’avoir, le gain de l’argent), n’importe quel argent et à n’importe quel prix, on tombe directement dans l’économie criminelle parce que dès lors on n’aura aucun problème à se procurer de l’argent sale. L’argent sale entraînera automatiquement la politique sale, qui accouchera, à son tour, l’effondrement de l’Etat et en même temps la menace d’une intervention étrangère », a-t-il ajouté, rappelant  que « depuis le départ de Jean Claude Duvalier, les avertissements n’ont pas manqué pour dire que les choix qui ont été dictés, imposés par l’international conduiraient le pays à la catastrophe parce que les choix qui ont été imposés, c’était d’abord la destruction du peu qui restait de la production nationale, qui a conduit à l’effondrement de la monnaie nationale, le chômage accéléré dans le milieu rural, l’exode rural. L’Etat est castré parce que ses ressources, sous prétexte de combattre la corruption, ont été livrées à la privatisation », a expliqué l’essayiste.

Les conséquences de l’application de ces  mesures dictées par l’international sont lourdes. « Parmi ces conséquences, la population est  livrée à elle-même, d’autant en plus qu’il y a une amplification du trafic de la drogue, du trafic des armes à feu, dans les secteurs de l’économie souterraine, criminelle », a souligné M. Soukar, qui juge cependant que l’échec d’Haïti n’est pas celui de la communauté internationale. Au contraire, a-t-il renchéri, la communauté internationale a réussi.

« Qu’est-ce qu’ils voulaient ? Ils voulaient que premièrement qu’un pays qui s’appelle Haïti soit un lieu de haute main de la mafia. Ils connaissent les grands trafiquants de drogue depuis trente ans. D’ailleurs, on les reçoit dans les hauts lieux de la politique américaine, on les installe dans des hautes fonctions en Haïti. Pourquoi ? Parce qu’on a besoin d’eux; ils ont des choses à se reprocher alors on peut mieux les manipuler. A ce moment, il y n’aura aucun problème si l’on accepte le quota, celui de faire d’Haïti un passage pour la cocaïne. Au final, tout le monde a besoin de cocaïne pour diverses raisons : faire le business sale, pour les industries pharmaceutiques… », a relaté l’historien qui a apporté des précisions  sur deux autres points de l’agenda de la communauté internationale, sublimée en l’Oncle Sam. « Depuis trente ans, ils avaient voulu faire d’Haïti leur dépotoir pour leurs déchets. Un troisième élément, ils avaient besoin de faire d’Haïti une province commerciale de la République dominicaine. Pour y parvenir, il fallait réduire l’Etat à sa plus simple expression, établir une voyoucratie, a indiqué le journaliste, qui pense qu’il y a  une dernière phase, celle de l’intervention », mentionnant des rumeurs selon laquelle l’exécution de ce dernier point viserait à puiser les richesses minières du pays.

 Que faire pour redessiner l’avenir du pays ?

À cette phase, l’écrivain pense qu’avant toute chose il faut d’abord croire que l’on peut faire quelque chose puisque, dit-il, on a affaire à un peuple qui, pour la plupart, a perdu la foi, en lui-même et dans le pays. «  Voulons-nous changer certaines choses ? Sommes-nous prêts à nous battre ? Sommes-nous prêts à mettre nos vies sur la table ? », s’est demandé M. Soukar, qui a identifié l’un des problèmes du pays. Un problème du collectif. Le nous. Pour poser le problème du « que faire », il faut constituer un minimum de « nous » et pour y arriver, il faut retrouver la foi, a-t-il proposé, soulignant la nécessité pour nous de savoir que nous avons des ennemis redoutables avec des moyens redoutables et qui ont des alliés locaux. « Toute cette mafia qui est dans l’économie, dans la finance, la politique travaille à leur profit. Yo pale kreyòl, yo menm koulè ak nou, yo gen paspò ayisyen, yo gen menm batistè ak nou, yo pa gen menm kè ak sèvo », a-t-il mis en garde. Pour M. Soukar, l’avenir du pays à envisager est un avenir de combat. « Tu ne peux pas avoir d’avenir si tu ne te bats pas. Ce combat est beaucoup plus difficile parce qu’il faut au moins qu’une partie de ce peuple retrouve la foi dans ce pays », a-t-il invité.


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