Ariel Henry s’affirme dans un pouvoir monocéphale

Written by on July 21, 2021

Publié le 2021-07-20 | lenouvelliste.com Après avoir nommé les dix-huit ministres de son gouvernement en date du 19 juillet, le Premier ministre Ariel Henry a procédé à l’investiture du cabinet ministériel hier mardi à la Primature. Ancien ministre du gouvernement d’Evans Paul en 2015 sous la présidence de Michel Martelly, le Premier ministre est investi dans ses fonctions dans une conjoncture particulière après l’assassinat du président Jovenel Moïse. C’est un Premier ministre de facto qui doit assurer la gestion des affaires de l’Etat sans la présence d’un président, avec un pouvoir judiciaire bancal et en l’absence du pouvoir législatif. Militant politique connu, Ariel Henry est entré en fonction sur fond de désaccord avec la plupart des partis politiques de l’opposition qui lui reprochent d’accepter la dictée de la communauté internationale par l’entremise du Core Group au lieu de chercher leur soutien.

Nommé par arrêté présidentiel deux jours avant l’assassinat du chef de l’Etat Jovenel Moïse, M. Henry est investi dans ses fonctions, soixante-douze heures après le communiqué d’un groupe d’ambassadeurs accrédité à Port-au-Prince, communément appelé Core Group l’encourageant à donner investiture à un gouvernement consensuel et inclusif après plusieurs jours de tergiversations. Différents pourparlers engagés par les forces politiques et la société civile n’avaient encore conduit à un consensus national à la dimension conjoncturelle de la crise après l’assassinat du président de la République. Le choix de Joseph Lambert, président du Sénat, comme président provisoire par une résolution adoptée par huit sénateurs sur les dix restants le 9 juillet en cours n’avait pas fait l’unanimité au sein de la société. Cependant, beaucoup de partis politiques avaient entériné l’acte posé par les huit sénateurs, y compris le Parti haïtien Tèt Kale (PHTK). Rappelons que le tiers du Sénat restant, sans la Chambre des députés et les deux autres tiers, ne peut prendre aucune décision. Qu’il s’agisse de février 1995, de janvier 1999 ou de cette année, le tiers du Sénat ne peut remplir aucune fonction.

Bénéficiant de l’approbation d’une partie de la classe politique, Joseph Lambert n’a pu poursuivre le chemin qui mène au Palais national. Il a été mis hors jeu par un corps d’arbitrage international sur son propre terrain de jeu. Figure connue de la politique haïtienne pour avoir été député et deux fois sénateur, puis conseiller spécial du président Michel Joseph Martelly, l’animal politique, comme on le surnomme, conserve son poste de président du tiers restant du Sénat de la République jusqu’en janvier 2023.

En soutenant l’investiture du gouvernement du Premier ministre Ariel Henry sans un président provisoire, la communauté internationale ne lance-t-elle pas un signal à la classe politique haïtienne ? Pourquoi des ambassadeurs s’arrogent-ils le droit de décider à la place des Haïtiens ? Pourquoi la classe politique avait-elle entériné le choix de Joseph Lambert ? Cette figure politique est-elle la plus digne, la plus représentative des couches saines du pays pour mériter de cette fonction ?

L’assassinat du président de la République aurait pu donner lieu à l’application intégrale de l’article 149 si le Premier ministre avait été déjà investi dans ses fonctions avant les événements du 7 juillet. Etant donné que le Premier ministre par intérim ne peut pas continuer à prendre des décisions au nom de l’Etat, il faut assurer le fonctionnement régulier des services publics.

Depuis l’adoption de la Constitution de 1987, c’est le deuxième Premier ministre qui exercera ses fonctions en l’absence d’un président en exercice. En juin 1992, après la démission du président provisoire Joseph Nérette dans le cadre de l’accord de Villa d’accueil, après le coup d’Etat sanglant du 30 septembre 1991, le Premier ministre Marc Louis Bazin avait dirigé le cabinet ministériel pendant douze mois sans la présence d’un président de la République.

lbonneau@lenouvelliste.com


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